EWAN McGREGOR – LE GARDIEN DU TEMPLE
Par Marc Toullec.
Abonné au registre trash (Trainspotting, Le Veilleur de nuit et cie) et aux rôles sexuellement corsés (The Pillow Book, Velvet Goldmine), Ewan McGregor s'assagit aujourd'hui en intégrant le lexique de Star wars. L'enfant terrible est devenu jeune premier...
A 26 ans, lorsque George Lucas lui offre sur un plateau le rôle du jeune Obi-wan kenobi, Ewan McGregor ne réagit pas comme il avait auparavant réagit aux propositions des grands studios hollywoodiens. « rien à voir avec des daubes comme Godzilla et Independence day. Star Wars, c'est un conte de fées moderne, une fable, une histoire qui se situe au-delà de la science-fiction. » Et le jeune espoir du cinéma anglais de préciser que, pour un garçon de sa génération, revêtir la panoplie d'un chevalier jedi sous la direction de George Lucas, c'était out simplement assister à la réalisation d'un rêve. « La guerre des étoiles, je l'ai vu quand j'avais 6 ans. Ça m'a littéralement transporté. Mon frère Colin et moi avons dès lors passé notre temps à nous battre à grands coups de sabres laser en plastique. Nous connaissions par coeur chaque ligne des dialogues du film. » Un fan de la première heure donc, témoin de l'événement en direct, à l'époque de sa sortie en salles.
« C'est au premier jour de tournage de Velvet Goldmine que j'ai appris la nouvelle: j'avais décroché le rôle d'Obi-Wan Kenobi! Mais, au téléphone, mon agent m'a averti que je devais garder l'information strictement confidentielle. J'ai donc passé la journée à ruminer dans ma barbe, mettant trois secondes à répondre "oui" lorsqu'on me demandait si ça allait. » Quand et comment un jeune acteur fait connaissance avec la discipline imposée par le film le plus attendu de cette fin de siècle: l'application rigoureuse et notifiée par contrat du "motus et bouche cousue" d'abord...
« La première fois que je me suis glissé dans les habits d'Obi-Wan Kenobi, j'étais comme un gosse, à m'épier dans le miroir, à adopter des positions guerrières. Sur le plateau, les choses étaient nettement plus difficiles. Ce qui sur le papier paraissait l'évidence même s'avérait finalement très compliqué. Durant les combats, l'épée accrochait les manches, passait sous le manteau. C'étaient des vêtement plutôt durs à porter. »
Pas question cependant, dans son interprétration, qu'Ewan McGregor laisse son enthousiasme juvénile prendre le dessus. Au jeune comédien de canaliser son bouillonnement intérieur, de restituer les gestes sobres d'un moine-soldat impétueux, qui, bien plus tard, deviendra un ermite emprunt d'une proverbiale sagesse. « Pour m'inprégner du personnage, j'ai regardé les premiers films de mon prédécesseur dans le rôle, Alec Guiness. Je voulais savoir à quoi il ressemblait étant jeune, apprendre comment il bougeait. De même, j'ai attentivement étudié sa performance dans La guerre des étoiles, particulièrement la manière dont il parle. » Soit une partie importante du travail d'Ewan sur le film. Si George Lucas l'a choisi, n'est-ce pas justement pour cette impalpable mais réelle ressemblance avec un Alec Guiness rajeuni de quatre décennies? Si, mais il y avait aussi l'indispensable accent anglais, trait d'union entre deux âges fort éloignés l'un de l'autre. « L'expérience me rappelait Robert De Niro incarnant Marlon Brando dans Le parrain 2. L'un n'essayait pas d'imiter l'autre dans son jeu, mais de transmettre le même feeling. C'est exactement ce que j'ai essayé de faire à travers le timbre de voix. »
Un effort qu'Ewan McGregor devra maintenir sur deux Star Wars encore. Soit une demi-douzaine d'années supplémentaires. Le temps de paufiner cette technique de mimétisme discret et de renouer avec un George Lucas fort apprécié pour la douceur de son caractère.
« George Lucas est quelqu'un de vraiment adorable, d'un calme surprenant. Je suppose que diriger une équipe qui comprend entre quatre et cinq cents personnes selon les besoins exacerbe un tempérament. Si vous êtes du genre nerveux, vous pétez les plombs. Si vous êtes d'un naturel calme, vous êtes plus calme encore.D'un bout à l'autre du tournage, George n'a jamais perdu son sang-froid, élevé le ton. Et pourtant, il y avait de quoi! »
Surtout en ce qui concerne la direction des comédiens dans les scènes à effets spéciaux. « Elles demandaient une infinie minutie, et encore davantage d'attention lorsqu'elles mobilisaient plusieurs interprètes. Le plus dur consistait, pour Liam Neeson et moi, à regarder dans la même direction au même instant, alors qu'il n'y avait absolument rien devant nous! »
Burlesque et dépaysant pour qui découvre la technique de l'écran bleu, support incontournable à l'intégration des effets spéciaux dans l'image. Un peu laborieux, un peu ennuyeux aussi, mais la satisfaction pour Ewan McGregor de pouvoir, au finish, montrer La menace fantôme à sa fillette de 4 ans, Clara. « Pas question qu'elle voit mes autres films. Ils sont remplis de seringues, d'aiguilles et de sang. Par contre, Star Wars, c'est parfait! »